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(contribution d'un amateur) sur les Difficultés de l'arène sénégalaise : Une responsabilité partagée

Pape Ndiaye 27/01/2020 16:34 Actualités
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La lutte se meurt ! Diagnostic d’une mascarade généralisée.

Depuis quelques années déjà, le monde de la lutte est plongé dans une certaine morosité. L’ébullition des années 2000/2010 a laissé peu à peu place à une nouvelle ère, une ère de déclin graduelle constatée par tous mais dont la grande majorité ne veut en dire les causes profondes. Quelques grands spécialistes comme Bécaye Mbaye et Malick Thiandioum ont essayé à maintes reprises de le faire, de manières fortes diplomatiques et consensuelles. Mais peut-être que leur statut les retient de jeter le pavé dans la mare. Et si nous le faisions à leur place ? Quittes à en fâcher certains, nous allons cependant essayer de favoriser l’intérêt général qui est celui des lutteurs « d’en bas » et celui des amateurs. Le monde de la lutte n’en peut plus d’être pris en otage par quelques privilégiés proclamés « V.I.P ». Il est peut-être temps de se dire les vérités sans détour, peu importe les mécontents, pourvu que les choses avancent.
Certains combats des plus logiques et attrayants ne se tiennent pas. La faute à des lutteurs qui cherchent la solution de la facilité. Nous entendons à longueur de temps ces deux prétextes : «je ne suis pas de son égal» ou «on ne m’a pas proposé un cachet suffisant».
Commençons par le problème des cachets. Les sponsors sont absents, les promoteurs dans la galère. On fait comment ? Petits florilèges des réponses les plus pathétiques :
- «J’en appelle au Président de la République Macky Sall pour soutenir la lutte.» Ah bon ? Toi tu appelles carrément Prési quoi ? D’autres aussi seraient plus en droit de l’appeler : les pêcheurs traditionnels, les éleveurs, les agriculteurs, les taximen, les marchands ambulants, les étudiants, les professeurs, les femmes de ménage, les agents de sécurité, les menuisiers, les maçons, les chômeurs… Avec tout l’amour que nous portons pour la lutte, pouvons-nous objectivement prétendre être plus nombreux que n’importe laquelle de ces classes précitées ? Sommes-nous plus importants qu’eux ? Sommes-nous plus dans le besoin qu’eux ? Tous les lutteurs peuvent choisir d’exercer un autre métier, mais combien parmi les autres métiers peuvent choisir de devenir lutteurs ? Arrêtons donc de penser que le monde de la lutte représente quelque chose d’essentiel. La lutte est certes le sport préféré des Sénégalais, mais elle ne peut en aucun cas se présenter comme étant une activité essentielle pour le pays. La lutte est accessoire. En effet, la trêve annuelle de trois mois ne déstabilise nullement le quotidien des Sénégalais. Si par contre les pêcheurs, les transporteurs ou les menuisiers du Sénégal se mettaient en grève pour quelques jours seulement, on imagine amplement les désagréments (pour ne pas dire déstabilisation) sur tout le Sénégal et son activité économique. Qui est donc essentiel et qui est accessoire ? Sachons raison garder et laissons Macky et ses ministres vaquer à d’autres occupations.

- «Le cachet qu’on m’a proposé est trop petit.» Pas de problème mon ami, attends donc tranquillement le retour de Luc Nicolaï ou de Gaston Mbengue. Attends donc l’arrivée d’un hypothétique nouveau promoteur qui s’enfuira en oubliant ses chaussures quand il verra le gouffre financier que peut être le montage d’un grand combat. Continues donc d’attendre tranquillement, sauf que le temps lui ne t’attendra pas. Les années passent, les années blanches s’enchaînent, mais chacun se cache derrière son petit doigt en prétendant que ça va financièrement, qu’il ne manque de rien, qu’il a assez de réserves pour continuer à attendre... Pour combien de temps encore ? Mais faisons comme si nous les croyons.
Imaginons actuellement un ténor qui espère 100 ou 150 millions pour son combat. Il aura un combat tous les deux ou trois ans. Ne lui serait-il pas plus avantageux de réclamer 60 ou 70 millions par combat mais dans le même temps de faire deux ou trois combat par saison ? Ne serait-il pas plus intéressant pour les amateurs de voir leurs lutteurs préférés combattre plusieurs fois par saison ? Surtout si tous les lutteurs optaient pour ce genre de plan de carrière. En l’espace de 3 ans, on verrait tous les chocs suivants :
* Balla Gaye 2 / Boy Niang 2, Tapha Tine, Bombardier, Gris Bordeaux, Modou Lô, Reug Reug.
* Modou Lô / Ama Baldé, Tapha Tine, Lac de Guiers 2, Bombardier, Gris Bordeaux, Balla Gaye 2, Boy Niang 2, Reug Reug, Malick Niang, Gouye Gui.
* Tapha Tine / Lac de Guiers 2, Balla Gaye 2, Ama Baldé, Bombardier, Modou Lô, Gris Bordeaux, Malick Niang, Boy Niang 2, Reug Reug, Sa Thiès.
* Lac de Guiers 2 / Bombardier, Modou Lô, Gris Bordeaux, Malick Niang, Reug Reug, Boy Niang 2.
* Eumeu Sène / Bombardier, Gouye Gui, Modou Lô, Reug Reug, Tapha tine, Lac de Guiers 2, Malick Niang, Yekini Junior.
* Reug Reug / Sa Thiès, Ama Baldé, Bombardier, Gouye Gui, Tapha Tine, Modou Lô, Eumeu Sène, Malick Niang, Lac de Guiers 2, Forza, Boy Niang 2.
Comme dirait Wouly, «Lii Nekhoul? » Les combinaisons en seraient démultipliées, surtout si nous y rajoutons les prétendants qui toquent à la porte des ténors comme Reug Reug, Sa Thiès, Malick Niang, Garga Mbossé, Diène Kaïré, Moussa Ndoye, Forza, Gris 2, Yekini Junior, Modou Anta, Franc, Serigne Ndiaye 2…

- « Je ne suis pas de son égal, je l’ai dépassé. » Il est vrai que certains lutteurs demandent parfois un adversaire qui ne boxe pas dans la même catégorie. Mais dans la très grande majorité des cas, ceux qui se prévalent d’être à un niveau supérieur le font par calcul pur et simple, par peur. Vu qu’ils ne sont pas dans l’approche exposée précédemment (revoir leur cacher à la baisse et ouvrir les portes à plusieurs combats par saisons), la majorité des lutteurs mettent en avant leur « statut supérieur » pour rejeter un potentiel adversaire. Ils vont chercher par tous les moyens à ne prendre aucun risque de défaite qui pourrait dévaluer leur côte en bourse. La plupart des explications sont nulles et non avenues. Il n’est question que de calcul et de peur. Rien d’autre ! Pour étayer nos propos, prenons deux exemples parmi les plus révoltants que nous avons actuellement :
- Le cas Malick Niang : Une défaite surprise contre Ama Baldé, dans un combat qu’il a dominé de bout en bout, et le voilà relégué au rang des oubliés. 6 ans sans combat ! Il est vrai qu’il s’est retiré un temps pour se soigner et qu’il a mal communiqué par moments, mais de là à rester tout ce temps sans aucun combat… On est en droit de se poser des questions et d’en apporter nos propres réponses. Pour celui qui avait un destin de futur Roi des Arènes, qui n’a connu qu’une seule défaite en 11 combats, qui a mis des KO plus tonitruants les uns que les autres, qui est athlète des plus impressionnants, on ne voit pas d’autres explications que la peur comme motif de refus de l’affronter. A part quelques lutteurs vieillissants qui cherchent désespérément un combat ou des petits lutteurs arrivistes qui cherchent le buzz, tous les autres (en position logique de l’affronter) nous servent des prétextes honteux pour l’esquiver.

- Le cas Reug Reug : Ce potentiel futur Roi des Arènes, pour ne pas dire le futur Roi, est la bête noire de tous. Il a mis un coup de pieds dans la fourmilière, plus précisément depuis qu’il a envoyé au tapis Elton puis Gris 2. Tous les calculateurs savent qu’ils arrivent droit sur eux. Il renversera la table des privilèges à laquelle espère s’accrocher un petit groupe de barons qui ne veulent lutter qu’entre eux. Il n’y a actuellement aucun lutteur au Sénégal que Reug Reug ne peut battre avec la manière. Tous les actuels V.I.P savent que tôt ou tard, ils seront obligés de le croiser. Pas pour lui tendre la perche ou autre, mais par force, par la force des choses. La position la plus claire et la plus honnête vis-à-vis de Reug Reug a été celle de Gouye Gui : «Je n’ai pas dit que je ne lutterai pas avec Reug Reug, mais pour l’instant et eu égard à mon parcours, je dois d’abord saisir l’opportunité de lutter avec les V.I.P ou même le Roi des Arènes. On luttera en temps voulu.» Toute autre explication pour l’éviter ne pourra convaincre personne. On parle bien de Reug Reug, le Maître de la lutte simple, l’un sinon le plus grand technicien en activité, le multiple Champion d’Afrique. Qui peut en âme et conscience lui demander de prouver quoi que ce soit. Quant à ceux qui lui rappellent que la lutte avec frappe n’a rien à voir avec la lutte simple, ne faut-il pas leur répliquer que Reug Reug en est à 15 combats sans défaite en lutte avec frappe ? En plus maintenant du MMA ? Le meilleur lutteur d’Afrique, le lutteur le plus complet du Sénégal, le plus technique et le plus affûté physiquement devrait-il prouver quoi que ce soit de plus ?

Qu’à cela ne tienne, les exemples de Malick Niang, de Reug Reug, les appels aux autorités pour « sauver » la lutte, le refus de tendre la perche aux « petits » et toutes les autres manœuvres pour refuser de lutter n’ont en fait qu’un seul et même fondement : la boulimie financière de quelques privilégiés. En d’autres termes, certains veulent des cachets trop élevés, donc ne veulent prendre aucun risque de défaite, donc ne luttent pas et au final empêchent les autres de lutter. Ne cherchons pas plus loin la principale cause de l’immobilisme de la lutte actuellement. Les faits sont là : il n’y a plus de gros sponsors, les promoteurs sont limités financièrement, quelques privilégiés ne veulent pas baisser leur cachet et tous les autres lutteurs sont bloqués dans le rang. Tout le monde est pris en otage et rien n’est trouvé d’autre que d’en appeler au Président de la République ou de demander aux autorités de forcer les entreprises du pays à investir dans la lutte. Pour qui ? Pour quoi ?
Pourtant un visionnaire du nom de Gaston Mbengue avait déjà montré une possible solution. Il y a une quinzaine d’années en arrière, Gaston avait déjà donné des signes de lassitude pour les grands combats et donnait sa préférence pour les combats des espoirs montants. Des combats qui coûtaient moins cher et qui drainaient du monde. Pourquoi ne pas réinstaurer ce système ? Laissons les ténors attendre un combat à 900 millions s’ils ont en envie. Faisons lutter les espoirs entre eux, plusieurs fois par saison. Ils en tireront pour les plus méritants plus de 100 millions par saison. Et lorsque les ténors fatigués moralement et financièrement voudront revenir aux affaires, peut-être que ce sera à eux de quémander une chance auprès de ceux qu’ils méprisaient avant.

Aly B. Diop






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