[PROFIL] Président du Cng pendant 26 ans : La chute du "TSAR" de l'arène sénégalaise - LutteTV

[PROFIL] Président du Cng pendant 26 ans : La chute du "TSAR" de l'arène sénégalaise

Pape Ndiaye 9/11/2020 21:24 Actualités
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A la tête du Comité national de gestion (Cng) de la lutte depuis 26 ans, le départ d’Alioune Sarr est plus que jamais agité. Un débat qui a été, une nouvelle fois, soulevé au lendemain de la radiation de l’arbitre Sitor Ndour. Une décision qui avait plongé la lutte dans une crise dont les prémisses se signalaient depuis belle lurette et qui est accentuée par la pandémie du Covid-19. Elle a aussi favorisé la chute du grand Sarr.

‘’Ceux qui parlaient se cachaient derrière un petit micro ou un petit écran pour dire certaines choses. Mais, ils n’ont jamais eu le courage, alors qu'ils avaient la possibilité de venir au CNG ou de faire face à Alioune Sarr. C'était plutôt des coups de poignard dans le dos. Personnellement, je refuse de boxer dans ces catégories-là », avait soutenu Alioune Sarr dans un entretien.

Des paroles qui semblaient à celui d’un homme déchu. Un roi désavoué par son peuple et qui a fini par abdiquer, quittant son trône avec amertume. Depuis son arrivée à la tête du Comité national de gestion (Cng) de la lutte, Alioune Sarr était considéré comme un roi, un Tsar de la Russie ancienne. Mais son pouvoir s'est effrité, la semaine dernière, après 26 ans de règne. Il est remplacé par Ibrahima Sène dit Bira.

Depuis quelque temps, la popularité de la lutte avec frappe est en chute libre, l’arène en pleine crise et l’autorité du docteur Alioune Sarr, désormais ancien président du Comité national de gestion (Cng), était contestée de toute part. Avec la rareté des sponsors, l’arène sénégalaise est au bord du gouffre. Une situation rendue plus complexe par la pandémie de Covid-19 et le patron de la discipline semble être dans l’incapacité de maîtriser les humeurs de certains acteurs. L’ex puissant président du Cng de lutte sénégalaise ressemblait alors à un géant au pied d’argile.

Pourtant, dans le monde de la lutte où la castagne, les crocs-en-jambe et autres astuces règnent en maître, le docteur Alioune Sarr, s’était forgé un fort caractère. On le respectait, mais on le craignait. Pendant 26 ans, il a dirigé d'une main de fer, cette discipline qui regroupe des mastodontes aux attitudes parfois très impulsives.

Tous les acteurs de la lutte s’étaient pliés à sa volonté. Ceux qui osent défier son autorité, l’ont souvent payé cher. Tyson, Gris Bordeaux, Lac de Guiers 2, pour ne citer que ceux-la, ont été sanctionnés très sévèrement pour avoir tout simplement contesté des décisions arbitrales. Le médecin qui était venu dans ce monde de ‘’brutes’’ pour mettre de l’ordre et réglementer la discipline, est devenu à force de ‘’mégalomanie’’, l’homme le plus controversé de l’arène.

Sa tête envoyée à la Guillotine

L’autoritarisme d’Alioune Sarr semble atteindre son paroxysme quand Sitor Ndour est radié à vie. Le seul tort de l’arbitre, très réputé, c’est d‘être l’instigateur d’un mouvement d’humeur pour réclamer de meilleures conditions de travail. Alors l’ancien ‘’Roi’’ tout-puissant des arènes sur qui l’on ne tarissait pas d’éloges, jaids, est la risée de tout un monde. Il est critiqué, chahuté remis en cause en permanence. Son autorité est bafouée. Sa tête est réclamée de toute part.

Des lutteurs sont en première ligne pour réclamer son départ. «Il est temps de faire partir Alioune Sarr. Radier une personne qui demande de meilleures conditions de travail est une erreur monumentale’’, admettait Gris Bordeaux sur Igfm.

Des communicateurs traditionnels aussi lui en voulaient. Bécaye Mbaye : ‘’Si Alioune Sarr veut rester encore à la tête du Cng, c’est tout simplement son souhait. Mais, ce n’est pas à lui de décider. Après 25 ans de service, je pense que ça suffit. Il doit laisser la place aux autres.’’

D’anciennes gloires de la lutte sont aussi dans le combat pour réclamer sa tête. ‘’Suspendre des arbitres de cette façon, c’est de la dictature. Sanctionner financièrement, suspendre et de menacer, je pense que ce n’est pas ça une bonne gestion. Beaucoup ont quitté. Aziz Ndiaye, Gaston Mbengue, Yékini y compris moi. Nous avons tous quitté. Cela prouve que celui qui décide d’intégrer le Cng, ne doit jamais s’opposer à leurs décisions’’, renseigne l’ancien Tigre de Fass, Moustapha Guèye.

L’année où tout a commencé

Pourtant ça fait presque dix ans que le départ d’Alioune Sarr est réclamé, mais la décision de l’autorité étatique tranchait toujours à la faveur du président du Cng. Trois Présidents de la République (Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall) se sont succédé au Sénégal durant le règne de l’ancien patron de la lutte. De nombreux ministres des Sports, qui le nommaient par arrêté, ont défilé au département des sports. Sous son magistère, des lutteurs ont régné pendant plus d’une décennie avant d’être détrônés. Mais Alioune Sarr lui, demeurait toujours à la tête de l’instance dirigeante. Pendant plus d’un quart de siècle, il est resté indéboulonnable.

En effet, Alioune Sarr est arrivé à la tête du Cng en mars 1994. A l’époque, Ousmane Paye, qui venait d’être nommé ministre des Sports, demande à son ami médecin, passionné de la lutte, de réfléchir sur un projet de gestion la discipline. Il accepte la proposition de son ami, mais pose une condition : choisir lui-même ses collaborateurs. Ainsi, la première équipe de Comité de normalisation de la lutte qui deviendra plus tard le Cng dirigée par Alioune Sarr est mise sur pied pour deux ans.

Manga 2 : ‘’Il a révolutionné la lutte’’

Mais 26 ans après, Alioune Sarr était toujours là. Elle a résisté contre vents et marrées. Il est toujours sous le feu des critiques, mais sa ténacité a donné aujourd’hui à la lutte sénégalaise une identité reconnue. ‘’Si aujourd’hui tout le monde veut devenir lutteur, c’est parce qu’y a un un travail énorme, qui a été abattu en amont. Et c’est l’œuvre d’Alioune Sarr. C’est lui qui a réglementé la lutte. Il a pris des décisions qui ont révolutionné l’arène’’, soutient Manga 2, le premier Roi des arènes.

Avant lui, l’arène sénégalaise a été décrite comme une sorte de jungle. Un monde de gladiateurs où presque tous les coups étaient permis pour arriver à sa fin. Des règles sont établies, des sanctions servies aux récidivistes par Alioune Sarr et sa bande. ‘’Avec lui, il fallait se conformer aux règlements. Je fais partie des premiers lutteurs qui ont été sanctionnés’’, se rappelle Manga 2.

Il a aussi mis fin à un certains amateurismes et lutté contre la pratique des promoteurs qui abusaient de la confiance des lutteurs. ‘’Après un de mes combats organisés par un promoteur qui habitait à Guédiawaye, j’avais tous les problèmes pour récupérer mon reliquat. Cet argent, je n’ai jamais pu le récupérer. Beaucoup de lutteurs ont connu ces genres de problèmes’’, explique Manga 2. L’ancien champion des arènes d’ajouter : ‘’C’est Alioune Sarr qui a mis fin à ces pratiques. Aujourd’hui, les contrats sont signés au Cng et les reliquats des lutteurs payés à l’avance.’’

Le déclin de l’empereur

Ces actes font partie d’une série de mesures mises en place par Alioune Sarr qui a porté la lutte au summum de sa popularité. Mais le règne infini d’un super chef va un jour conduire à la révolte de ses sujets. C’est ce qui est arrivé à Alioune Sarr. Malgré le bon travail reconnu par plusieurs personnes, il était devenu l’homme à abattre. ‘’La plus grande erreur a été les sanctions financières très sévères sur les lutteurs. Naturellement, personne n’aime qu’on ponctionne son salaire. Je pense que c’est qui a créé l’animosité entre Alioune Sarr et les lutteurs’’, pense Manga 2.

En fait jamais son autorité n’a été aussi secouée. Ce qui a conduit à sa chute la semaine dernière. Mais Alioune n’a jamais été prêt à lâcher du lest. ‘’Je n’ai pas d’intérêt personnel à gagner dans la lutte. J’ai confiance en Dieu c’est lui qui décide de tout. On me tue mais on ne me déshonore pas. Je partirai le jour où je serai convaincu d'avoir atteint mon seuil d’incompétence’’, avait déclaré récemment Alioune Sarr dans Rfm matin.

Ami aujourd’hui, ennemi des ministres demain

Mais le grand mystère qui entoure la question du président du Cng c’est qu’il avait toujours la confiance des ministres des Sports, même ceux qui sont aujourd’hui les plus défavorables à lui. De Ousmane Paye à Matar Bâ en passant Joseph Ndong, Bacar Dia, Issa Mbaye Samb, Youssou Ndiaye, Abdoulaye Makhtar Diop, Daouda Faye ‘’Vava’’, Mamadou Lamine Keita, Mbagnick Ndiaye, jamais l’idée de débarquer Alioune Sarr n’a été évoquée durant leur passage au département des sports.

C’est seulement après leur magistère que certains d’entre eux à l’image de Douada Faye et Abdoulaye Makhtar Diop ont demandé le départ du médecin réputé qui a débuté sa carrière en 1975 à l’hôpital Abass Ndao.

Un handballeur à la tête de la lutte

D’un père originaire de Djilor Diognick, entre Foundiougne et Passy et d’une maman mandingue venue du Saloum, de Missirah, vers la frontière avec la Gambie, Alioune Sarr est né et a grandi à Fatick. Après ses études primaires, il est admis au Lycée Van Vo de Dakar, devenu Lycée Lamine Guèye. Le bac en poche, il intègre la Faculté de Médecine et y passe toute sa carrière d'étudiant en médecine.

Après sa formation, il intègre la Fonction publique, à l’hôpital Abass Ndao. Il gravit les échelons et deviendra plus tard médecin-chef de la structure pendant 16 ans et directeur pendant 7 ans avant de devenir inspecteur des services sanitaires de la Ville de Dakar. Il prend sa retraite anticipée en 1999 pour rejoindre le privé.

Même s’il aime la lutte et qu’il dirige le Cng, Alioune a été un handballeur. Discipline qu’il a pratiqué au lycée. Mais le sport en général a été toujours une passion pour lui. Il a même été médecin des équipes nationales, entre 1975 et 1981.

Alioune Sarr, un homme teigneux, a, malgré son âge, défié le temps de par sa longévité à la tête d'un monde où la force physique le mystique règnent en maîtres. Sarr l'empreur vient seulement de recevoir un coup qui l’a mis K.O.
Seneweb

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